LES DESSOUS DE LA BOBINE

6h du matin. Ils sont là, enfilant leurs combinaisons dans l’air frais matinal, échangeant gorgés de cafés et rires avant de se jeter à l’eau. La « gauche » la plus célèbre de la région, celle qui fait qu’ils se lèvent aux aurores pour la dompter, c’est elle. La Bobine. Un nom rieur, pour un spot nettement moins blagueur.

On vous épargnera le langage d’initiés, mais la Bobine, c’est ce spot de surf dont les surfeurs se passent le nom, au-delà de nos frontières. A l’entrée, une pancarte « réservé aux surfeurs », le ton est donné. Le gardien, légendaire et adulé des adeptes du spot avec son chien à l’oreille éclopée, vous accueille d’un tonitruant « Mchi mouja ji mouja », véritable gimmick connu des habitués.  Sur le parking, ils sont casablancais, français, américains, filles ou garçons, en short board, paddle, body board ou longboard, peu importe, ici on parle la même langue.

Ils sont tous là pour se frotter à ce « point break », protégé des tourments des embruns, qui offre à ses visiteurs sa plus jolie vague lorsque le vent du sud souffle. Comme il y’a plus de trente ans, en 1972, quand les premiers surfeurs découvrent cette pointe déserte, où seule une bergère y faisait brouter ses ovins. Randolph Benzaquen, Henri Elgrichi, et Alain Pyard, sont les pionniers sur cette déferlante glissante.

Certains s’aventurent à l’«Inter », plus haut, d’autres prudents, lorgnent déjà vers la sortie de la plage de Marina. Priant pour ne pas faire connaissance avec les oursins, résidents permanents des roches sombrent qui bordent le spot, ils s’élancent à marée basse ou mi- marée depuis les récifs. L’entrée à l’eau est spectaculaire, on les voit, attendant le bon timing pour sauter sur leur planche et ramer de toutes leurs forces au large.

Et, là, l’Océan découvre un objet insolite, à quelques encablures des rochers, émergeant comme un invité étrange. C’est elle, la Bobine, cabestan échoué lors du naufrage de l’Yves Héliette le 26 septembre 1949. Vulgarisant les appellations nautiques, ce cabestan devient alors « Bobine » avec sa forme équivoque, et devient l’emblème de cette plage où l’on surfe avec allégresse mais ne se baigne pas.

Si vous interrogez les surfeurs réguliers du spot, ils vous diront que c’est leur repère pour sortir, tant s’extraire de la mer ici est épineux. Certains rient à gorge déployée en se remémorant des tentatives de sorties de surfeurs non rompus à l’exercice et trop fiers pour demander leur chemin, se débattant avec les secrets de la Bobine. D’autres vous narreront leur effroi où se dirigeant mal une vague ils se sont retrouvés nez à nez avec la Bobine n’en menant pas large…

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